Le fibrome utérin devient un problème de santé publique négligé.

La professeure Assumpta Ndengeyingoma Inf., Ph. D en psychologie, Professeure en sciences infirmières de l’UQO et ses collègues, Evy Nazon, Inf., Doctorat (c) Sciences infirmières, Drissa Sia, PhD en santé publique mènent une étude pilote visant à comprendre l’expérience des femmes immigrantes dans la prise en charge des fibromes utérins.  

Selon ces chercheurs, le fibrome utérin  devient un problème de santé publique négligé. Ce problème de santé, bien que fréquent est souvent mal connu des femmes, ce qui occasionne un nomadisme médical avec une augmentation des coûts de sa prise en charge (Dubuisson, 2005). De plus, les impacts de ce problème de santé sur les autres sphères de vie de ces femmes ne sont pas souvent abordés.  

Le fibrome utérin aussi appelé myome ou léiomyome est une tumeur gynécologique non cancéreuse qui touche environ 30% des femmes en âge de procréer (Carranza-Mamane, Havelock, & Hemmings, 2015; Lefebvre, Vilos, Allaire, & Jeffrey, 2003). Généralement, le fibrome utérin apparait après la puberté et sa prévalence augmente avec l’âge jusqu’à la ménopause où sa fréquence régresse en absence de traitement hormonal (Kellal et al., 2010). Sa fréquence varie aussi selon l’ethnie.

Suite à une conférence internationale portant sur les avancés de la recherche sur le fibrome utérin, il a été indiqué que 80% des américaines noires et 70% des américaines blanches développeront le fibrome utérin avant leur ménopause (Dixon, Parrott, Segars, Olden, & Pinn, 2006). Il a été montré que les femmes de race noire sont plus touchées et présentent des tumeurs plus grosses et plus nombreuses comparées à celles de race blanche (Klatsky, Tran, Caughey, & Fujimoto, 2008; Racinet, 2009; Rongière, 1999; Wise et al., 2012).

Malgré le nombre accru de femmes souffrant de ce problème de santé, sa localisation est tributaire de souffrances en silence. Cette souffrance est accentuée non seulement par les signes cliniques qui perdurent tels que les saignements anormaux aboutissant à l’anémie, les douleurs pelviennes, les douleurs lors de rapports sexuels (Chalal & Demmouche, 2013; Lefebvre et al., 2003; Racinet, 2009), mais aussi par les complications telles que l’hypofertilité, les complications au cours de la grossesse (Carranza-Mamane et al., 2015; Klatsky et al., 2008).

Sa prise en charge médicamenteuse et son traitement chirurgical conservateur (ablation de la tumeur avec conservation de l’utérus) donnent souvent des résultats décevants par les récidives (Haute Autorité de santé, 2008). Même si les moyens de faire ces interventions chirurgicales évoluent pour minimiser les conséquences physiques, qu’en est-il  de ses impacts sur la santé psychologique de ces femmes ? À notre connaissance, il est rare que les études s’intéressent à la perspective des femmes qui ont eu ou qui ont encore les fibromes. Au-delà de la femme atteinte de cette maladie, l’impact de cette maladie sur sa famille est non négligeable. Les symptômes peuvent persister plus longtemps et ainsi  rendre difficiles l’accomplissement des tâches quotidiennes de la femme dans sa famille. Par exemple l’anémie peut occasionner une fatigue accrue qui aura comme conséquences  le changement dans le fonctionnement familial.

Les études aussi rapportent les coûts élevés de soins de santé suite aux multiples sollicitations des services de santé ainsi que  les absences au travail (Fernandez, Chabbert-Buffet, Koskas, & Nazac, 2014). De ce fait, le revenu familial peut devenir précaire. Qu’en est-il des conséquences psychologique, familiale et sociale lorsque les femmes immigrantes subissent les signes cliniques du fibrome utérin? Déjà il est connu que l’immigration peut avoir des impacts négatifs au plan psychologique et familial suite à un déficit de soutien familial et émotionnel. Il serait alors approprié de considérer ce problème de santé non seulement comme une configuration de signes cliniques, mais aussi comme un syndrome d’expériences vécues chargées de significations selon le contexte familial, culturel , socioprofessionnel qui expliquerait leur décision dans le choix de  traitement ou changement dans leur mode de vie.

La compréhension des expériences des femmes immigrantes dans la prise en charge des fibromes utérins permettra de mieux les guider dans le choix décisionnel des divers traitements et la gestion des symptômes. Les résultats de cette étude pilote permettra aussi de mieux guider une recherche étendue  à une population plus large.

 

Vous êtes intéressés par ce projet. Vous avez des questions, communiquer avec Mme Assumpta Ndengeyingoma, Infirmière Ph. en psychologie au (819) 595-3900 poste 2274 ou par courriel à Assumpta.ndengeyingoma@uqo.ca

 

Références :

Carranza-Mamane, B., Havelock, J., & Hemmings, R. (2015). Prise en charge des fibromes utérins en présence d’une infertilité autrement inexpliquée. Directives cliniques de la SOGC N° 321, mars 2015. J Obstet Gynaecol Can, 37(3 eSuppl B), S1-S11.

Chalal, N., & Demmouche, A. (2013). [Epidemiological profile of uterine fibroids in the region of Sidi Bel Abbes, Algeria]. The Pan African medical journal, 15, 7. doi:10.11604/pamj.2013.15.7.2690

Dixon, D., Parrott, E. C., Segars, J. H., Olden, K., & Pinn, V. W. (2006). The second National Institutes of Health International Congress on advances in uterine leiomyoma research: conference summary and future recommendations. Fertility and Sterility, 86(4), 800-806. doi:http://dx.doi.org/10.1016/j.fertnstert.2006.02.116

Dubuisson, J.-B. (2005). Informations utiles sur le fibrome utérin. Imagerie de la Femme, 15, 158-160.

Fernandez, H., Chabbert-Buffet, N., Koskas, M., & Nazac, A. (2014). Épidémiologie du fibrome utérin en France en 2010–2012 dans les établissements de santé – Analyse des données du programme médicalisé des systèmes d’information (PMSI). Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction, 43(8), 616-628. doi:http://dx.doi.org/10.1016/j.jgyn.2014.06.001

Haute Autorité de santé. (2008). Myomectomie vaginale – Rapport d’évaluation. Paris, France: Haute Autorité de santé

Kellal, I., Haddouchi, N. E., Lecuyer, A. I., Body, G., Perrotin, F., & Marret, H. (2010). Grossesse et fibrome : quelles complications ? Gynécologie Obstétrique & Fertilité, 38(10), 569-575. doi:http://dx.doi.org/10.1016/j.gyobfe.2010.08.001

Klatsky, P. C., Tran, N. D., Caughey, A. B., & Fujimoto, V. Y. (2008). Fibroids and reproductive outcomes: a systematic literature review from conception to delivery. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 198(4), 357-366. doi:http://dx.doi.org/10.1016/j.ajog.2007.12.039

Lefebvre, G., Vilos, G., Allaire, C., & Jeffrey, J. ( 2003). La prise en charge des léiomyomes utérins. Directives cliniques de la SOGC No 128, mai 2003 J Obstet Gynaecol Can, 25(5), 407-418.

Racinet, C. (2009). Épidémiologie, facteurs de risque et symptomatologie des myomes utérins Médecine thérapeutique / Médecine de la reproduction, gynécologie et endocrinologie, 11(2), 118-122 doi:10.1684/mte.2009.0227

Rongière, C. (1999). Recommandation pour la pratique clinique – Épidemiologie du fibrome utérin: facteurs de risques et fréquences, impact en santé publique. J. Gynecol Obstet Biol Reprod, 28, 701-706.

Wise, L. A., Ruiz-Narvaez, E. A., Palmer, J. R., Cozier, Y. C., Tandon, A., Patterson, N., . . . Reich, D. (2012). African Ancestry and Genetic Risk for Uterine Leiomyomata. American Journal of Epidemiology, 176(12), 1159-1168. doi:10.1093/aje/kws276